DORA PROJECT Introduction en français

Texte développé à partir de l’intervention faite par son auteur, Françoise Dupré, lors des journées d’études Les déportés de France au camp de concentration de Mittelbau-Dora et Kommandos (1943-1945) à La Coupole, Centre d’Histoire et Planétarium, Nord-Pas-de-Calais, France, 27-28 mai 2016.

Pour télécharger la présentation visuelle du projet cliquer: DORA PROJECT Fr.

Pour l’histoire de Dora en français, veuillez visiter le site de la Commission Dora Ellrich: http://dora-ellrich.fr/accueil/

La Fondation pour la Mémoire de la Déportation a aussi publié Dossier Dora-Mittelbau (Bulletin Mémoire Vivante, N0 48, décembre 2005) Dossier Dora-Mittelbau

Cliquez ici pour télécharger le CV de l’artiste F. Dupré CV

INTRODUCTION

DORA PROJECT (2015-16)  fut un projet d’art contextuel, participative et transgénérationnel; dirigé par l’artiste plasticienne Françoise Dupré en collaboration avec Rebecca Snow une jeune artiste britannique intervenante.

L’oncle de Dupré, Robert Berthelot (1922-2008) résistant, prisonnier politique français fût déporté à Buckenwald (04/09/1943-21/09/1943) puis Mittelbau-Dora 21/09/1943-5/04/1945) et évacué sur Ravensbruck. D’òu il sera libéré officiellement le 30 avril, 1945.

L’ arrière-grand-père de Rebecca Snow, James Anderson, un chimiste industriel de Rugby, voyageât en Allemagne en 1945, comme membre d’une des nombreuses missions de la Royal Air Force pour récupérer des bases industrielles allemandes, recherches et évidences scientifiques.

DORA PROJECT a réuni art contemporain, histoires et mémoires de la deuxième guerre mondiale et de la déportation; la naissance des missiles balistiques et la conquête spatiale.

Après une période de recherche en 2014, DORA PROJECT fut mis en place et débutât en 2015, l’année du 70e anniversaire de la libération des camps de concentration et Kommandos.

Dora, nommé Mittelbau-Dora, était le nom de code d’un camp de concentration nazi tenu secret, en raison de sa vaste usine souterraine, Mittelwerk, òu les V2, premiers missiles balistiques de l’histoire, étaient assemblés (Weimar, Allemagne, 1943-1945). Plus de 20,000 détenus y sont morts entre août 1943 et avril 1945.

Entre le 8 Septembre 1944 et le 27 mars 1945, les fusées V2 tuèrent plus de 2500 Londoniens.  La technologie du V2 ainsi que ses ingénieurs furent utilisés pour le développement des programmes spatiaux et militaires américains, russes, britanniques et européens.  Alors que beaucoup de londoniens connaissent le V2, peu savent son origine qui contamine et lie à jamais la conquête spatiale à l’univers concentrationnaire.

L’objectif du projet était donc de reconnecter deux sites de terreur : Dora et Londres et de faire connaitre aux Londoniens, de générations différentes, l’histoire du V2 et de Dora. A travers l’histoire de Robert Berthelot, le projet a permit au public londonien de connaitre l’histoire des déportés et de la déportation au camp de Mittelbau-Dora. Le projet a aussi permit aux londoniens de revisiter leur histoire de la deuxième guerre mondiale en particulier les derniers mois pendant lesquels les V2s ont attaqué Londres. À travers le projet, des sites d’attaques de V2 à Londres ont été visités, en particulier ceux du sud-est comme celui de New Cross Road, le site de l’attaque la plus meurtrière de Londres, le 25 novembre 1944 à 12h 26. Avec 168 morts dont 24 non identifiés. Aujourd’hui le site est marqué par deux plaques une de la municipalité de Lewisham et l’autre du groupe d’histoire locale.

PROJET ET EXPOSITION

DORA PROJECT a été réalisé à travers de nombreuses activités qui ont pris place entre avril 2015 et mars 2016 à Londres. Une exposition en avril et mai 2016 à la Peckham Platform a conclue le projet dans sa forme actuelle. Le projet a regroupé des création artistiques individuelles et participatives: Mapping de Dupré, Grey Area: a map sketched in film de Snow et un projet scolaire participatif, Field Report, au collège JFS, l’école secondaire juive de Londres. Des événements commémoratifs in-situ ou près des sites d’attaque de V2 furent aussi organisés pendant le projet et durant son exposition. Des activités pédagogiques, présentation des artistes et table ronde (Art, science et étiques) ont permis aux visiteurs d’aborder plus en profondeur les themes de DORA PROJECT.

Mapping

 Crée par Françoise Dupré, Mapping est une installation murale conçue en deux parties. À Peckham Platform les pièces ont été exposées sur des murs opposés.  La première, Moon Atlas, juxtapose et entremêle la topographie des lieux de terreur (Dora, Londres) en utilisant des modes visuels et textuels de représentations : cartographie, croquis techniques, diagrammes, listes de victimes, noms de cratères et bassin lunaires. La pièce faite principalement de papier japonais flottent délicatement, fragile, elle est difficile à déchiffrer, démontrant peut être, l’échec de l’artiste, face à l’éthique de la représentation d’un sujet si difficile et à la dimension hautement affective. Comment imaginer et dresser un constat critique de l’histoire ? Ici, Dupré se réfère à l’historien de l’art et philosophe Georges Didi-Huberman, pour qui il n’y pas lieu d’opposition entre imagination et critique.  Sur le mur opposé, Timeline est une grande ligne de temps qui retrace à travers temps et espace, les liens crées par le V2, à travers les vies, histoires et mémoires des victimes et persécuteurs et le développement des missiles balistiques par les nations depuis 1945. La ligne de temps fut un outil important qui permit à l’artiste au cours du projet de mettre un certain ordre dans une histoire complexe et ramifiée.

Grey Area: a map sketched in film.

Durée : 5 mins 29 secs. https://youtu.be/4Q2cCwxe-s8

Projeté sur la ligne de temps, le film de Rebecca Grey Area: a map sketched in film semble percer la surface du papier et nous reconnecte visuellement avec le site de Dora comme il est aujourd’hui. Filmer à Dora pendant l’été 2014, le site de mémoire est beau, fleuri et rempli de sons naturels comme celui du vent et des criquets et les bruits du quotidien comme ceux des tondeuses coupant l’herbe. Se servant d’un seul point de vue et limitant son angle, le film ne montre qu’une vue limitée du site. Son titre: zone grise, signale une interrogation une difficulté, face à une première visite au mémorial. Une visite dont l’objectif était la recherche. Mais aussi et ce qui ne peut être nié, une réaction affective et esthétique qui interroge, encore et toujours, le droit et le devoir à l’expérience esthétique même dans un tel site.

 Field Report

Durée: 7 mins 42 secs.  https://youtu.be/9FCQ0RkJSS8

Le film documentaire a été crée par les élèves d’une classe d’art plastique de 4ième du collège JFS et produit par Snow. Évoquant par son titre, le travail sur le terrain du chercheur, l’objectif du projet scolaire participative était de réaliser une installation temporaire qui visuellement explorait l’histoire de Dora et des V2s et permettait aux élèves de s’interroger sur l’éthique de la science ainsi que la représentation de l’histoire à travers l’art. Le projet comprenait une visite au Imperial War Museum (IWM) et son exposition permanente sur la Shoah ; une visite de l’atelier de Dupré et ceux de trois collègues à SPACE Haymerle Road Studios ; une visite au Science Museum et des ateliers au collège. Une visite à la Salle de Lecture du IWM, normalement réservée aux adultes et chercheurs a permis aux collégiens de voir et de tenir dans leurs mains les documents historiques que Dupré consultait.

Commemorative Public Events

Trois évènements commémoratives, dans le sud-est Londonien, furent réaliser pendant le projet. Le premier à Greenwich à l’église anglicane et royale St Alfege, le second à St James Centre, à Goldsmith University of London, près de New Cross Road. Le troisième pendant l’exposition à Peckham Platform.  Les événements furent réalisés grâce au soutien de Goldsmiths, et d’organisations de quartiers pour la préservation de l’histoire locale (The Museum Group, The Peckham Society). Survivants et familles de victimes ont pu évoquer leur souvenirs des attaques de V2s. Dupré leur a raconté l’histoire de son oncle. Ils ont aussi pu apprendre sur la déportation en Europe et le camp de concentration de Mittelbau-Dora. Ces évènements ont contribué au travail de mémoire de DORA PROJECT. Ici, l’objectif étaient d’engager une diversité de personnes et de communautés des quartiers, à travers des évènements, sans fanfare ni discours, pendant lesquels les artistes ont partagé leur expérience et ce qu’elles ont appris et crée.

Dora Postcard Project

La dernière activité participative du projet était le DORA POSTCARD PROJECT, conçu pour donner la possibilité à un plus grand nombre de personnes de participer à DORA PROJECT. La carte postale pouvait être écrite à l’occasion des évènements commémoratifs ainsi que pendant l’exposition à Peckham Platform. La carte peut aussi être imprimée chez soi en visitant la page du site internet de DORA PROJECT.  Pendant l’exposition, dans le cadre des ateliers pédagogiques de Peckham Platform, les jeunes visiteurs du quartier étaient aussi invités à imaginer ce qu’ils pourraient écrire s’ils étaient prisonniers. Et à réfléchir sur l’histoire de Robert Berthelot et des V2s.

La carte est inspirée de celle que certains déportées pouvaient écrire et envoyer à leur famille. Dupré a pu archiver 11 cartes envoyées par son oncle, de Compiègne le 14 aout 1943 à Dora, la dernière étant datée du 29 juillet 1944 (avec le chiffre 10 encerclé pour le code pour Dora). À Dora, c’est l’Abbé Renard qui a écrit en allemand les lettres de Robert Berthelot. Elles seront traduites en français pour sa mère, par un professeur du collège de Malesherbes, Loiret .

Les cartes du projet ont permis de réunir de nombreux témoignages. Comme celui de Tina dont la grand-mère Annie, tuée dans l’attaque d’un V2 sur New Cross Road et enterrée dans le cimetière municipale de Camberwell dans une fausse commune qui aujourd’hui est menacée par le redéveloppement du cimetière. Alan qui avec son frère jumeau étaient des jeunes volontaires chez les pompiers et ont été témoins en de nombreuses occasions, et malgré leur jeune âge, des impactes violents des V2s sur les Londoniens. Alan aussi raconte comment il a pu, grâce à sa petite taille, sauver une jeune fille des ruines d’un hôtel.

ARCHIVES

DORA PROJECT a utilisé de nombreuses sources de recherche, archives personnelles et publiques en France, Angleterre, Allemagne et USA.  Pour Dupré et Snow, Il était important que le processus et résultat du travail de recherche, mené pendant le projet soit aussi disponible au public. L’exposition a donc inclus des étagères avec livres, cartons contenant des cartes des rues londoniennes bombardées et boites de copies de documents provenant entre autre du Imperial War Museum London, d’archives municipales et de la famille de Dupré. En France, Dupré a consulté les archives des amicales de survivants au centre d’histoire et de recherche de La Coupole .

Pendant la phase de développement du projet, Dupré a aussi construits des panneaux de textes et images retraçant le parcours de son oncle, la déportation à Dora, les histoires des victimes des V2s à Londres, celles des ingénieurs et du V2 après 1945. Ces panneaux ont été conçus ‘low tech’, économique, utilisant des matériaux de recyclage, facile à modifier et à transporter pour nos évènement commémoratifs. Ils furent aussi exposés à Peckham Platform.

CONCLUSION

DORA PROJECT a été conçu pour présenter à Londres, l’histoire de l’oncle de Dupré, celles de ses camarades déportés et les victimes londoniennes des V2s. Dupré et Snow ont crée un contexte esthétique à travers lequel artistes, participants et public, ont pu visiter le passé pour interroger notre présent et surtout imaginer des futures sans génocides, refugiés et prisonniers politiques.

Au cour du projet, son approche performatrice, sa pratique de la mémoire sont devenu un processus relationnel et sociale important et de plus, pertinent pour vivre ensemble. Les actes de mémoire engendrés par l’ouverture d’une boite d’archive, une veille valise ou un échange entre seniors et jeunes sont centraux aujourd’hui alors que nous sommes confrontés à la disparition d’une génération de témoins.

Les traces des évènements auxquels Robert Berthelot s’est trouvé participant, victime et témoin et sa mémoire nous restent. À nous d’en faire quelque chose. Pour Dupré, artiste plasticienne, le choix était d’imaginer, de créer et de partager.

DORA PROJECT a été subventionné par Arts Council England, Grants for the arts and CFAR, Centre for Fine Art ResearchBirmingham School of Art-BCU.

DORA PROJECT est soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Commission Dora Ellrich,  l’ Association Française Buchenwald Dora et Kommandos et La Coupole Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord – Pas-de-Calais, France.

Partenaires: Goldsmiths, University of London, UK ; JFS, Peckham Platform.

Consultants: Michael Neufeld, Curator of early rocketry, The Smithsonian National Air & Space Museum, Washington, USA.  Laurent Thiery, historien, La Coupole, Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord – Pas-de-Calais France.  Gretchen Schafft, Public Anthropologist, Department of Anthropology, American University, Washington, USA.